Qais Essar – Tavern of ruin

Les fans de musique afghane le savent, pour avoir de la bonne nouveauté il faut s’accrocher.

Les années 2000 nous avaient apporté leur lot de rééditions, souvent issues d’enregistrements effectués par des passionnés, mais dont le défaut inhérent était de commencer à dater un petit peu.

L’Ensemble Kaboul conduit par Khaled Arman était venu pallier un peu à ce manque de fraîcheur grâce à trois fabuleux disques mais il fallait bien se l’avouer, nos oreilles en voulaient plus.

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Rien d’étonnant à ce qu’une telle traversée du désert nous ait finalement conduit à Phoenix, Arizona.

Au cours d’une énième recherche sur un site bien connu d’achat de musique en ligne, sans trop y croire, je fis la découverte il y a deux ans de Qais Essar et de son superbe morceau “Anar Anar”, qui portait en lui la quintessence de la musique Afghane. Le titre figurait sur un album digital, retiré de la vente depuis mais dont certains morceaux se retrouvèrent ensuite sur la mixtape intitulée ” I’m Afghan, Afghani is currency”.

Entre-temps, le musicien nous avait gratifié d’un LP “The green langage” excellent, tantôt apaisé, tantôt nuageux (voire carrément orageux) dont le soin apporté à l’édition cd du disque nous avait convaincu sur le sérieux de cet artiste indépendant.

C’était il y a à peine un an et Qais Essar revient déjà avec un nouvel album, accompagné pour ceux qui le souhaitent d’un petit 45 tours fabriqué dans une drôle de matière qui rappelle plus le plexiglas que la cire habituelle. Le disque s’appelle “Tavern of ruin” et disons-le de suite, c’est une réussite.

Tavern of Ruin cover art

L’album commence par un grincement inquiétant suivi d’une jolie mélodie que le musicien met ensuite tout le morceau à retrouver pour finalement la répéter comme un leitmotiv. Encore un peu et on n’était pas loin d’un morceau de transe. Arrive ensuite le single “The thaw” qui vous fait passer par tous types d’émotions, de l’abattement du début à la renaissance qui s’ensuit. Très bon et original.

Comme sur “The green langage”, de nombreux musiciens interviennent tout au long de l’album, notamment le joueur de tablas Neelamjit Dhillon qu’on retrouvait déjà sur l’ep “Klassik” sorti l’an dernier.

L’album, court, connaît d’autres bons moments comme la ballade “Poppy flowers bloom…”, l’épique “Night flight…”  ou le plus classique bhairavi “Blushing dawn” sur lequel il se referme.

Rumi disait que le son du rubab était pour lui comme le bruit de la porte du Paradis qui se mettait en mouvement (n’est-ce pas d’ailleurs sur une ouverture de porte que s’ouvre l’album?). Aussi rassurons-nous les amis, les dernières nouvelles du Paradis sont bonnes.

Sinya